Team Supaéro MDRS, partenaire 2017

07/03/2017

Aujourd'hui Merryl et Zia reçoivent dans le Terrier deux des sept membres de l'équipage "Supaero MDRS 175", Louis Mangin et Victoria Da-Poian. Louis et Victoria ont passé un séjour dans la Mars Desert Research Station aux Etats-Unis où ils ont vécu une simulation de la vie sur Mars. Ils étaient respectivement journaliste de bord et biologiste sur cette mission.

Victoria Da-Poian Louis Mangin

Zia et Merryl : Bonjour et bienvenue dans notre terrier:)
Louis : Bonjour, et euh merci, on a l’habitude des endroits exigus maintenant.

Zia : Pas trop dur la réadaptation à la vie "sur Terre" ?
Louis : Je ne vous cache pas que le retour à la réalité a été un peu violent : d’abord le passage de la restriction à la démesure américaine, puis le voyage du retour assez interminable, pour enfin retrouver la France, et tous les dossiers en attente qui nous sont retombés sur la tête en même temps…
Victoria : Ce qui m’a le plus "embarrassée" à la fin de la simulation a été l’étape de l’aéroport. Pas seulement parce que j’ai souvent des soucis de retard d’avion ou de bagages qui ne suivent pas mais à cause de l’abondance de personnes, d’affichages, de panneaux publicitaires ou juste informatifs… En plus je me suis retrouvée sans mes co-équipiers pour la première fois depuis trois semaines, et il faut avouer que les premières heures, ça m’a fait bizarre.

Equipage Supaéro MDRS 175
(L'équipage Supaéro MDRS 175. De gauche à droite : Louis Maller, Arthur Lillo, Mouâdh Bouayad, Xavier Rixhon, Victoria Da-Poian, Simon Bouriat et Louis Mangin.)

Zia : J'ai entendu dans une interview que vous avez accordé à Mathieu Vidard sur France Inter que vous étiez la première équipe entièrement composée d'étudiants. C'est la classe. Est-ce que vous en retirez une fierté particulière ?
Louis : Alors nous sommes a priori la seule de l’année. Et également le seul équipage francophone (un belge s’est caché dans l’équipe). Nous avons également la particularité de tous venir de la même école : l’ISAE-Supaero, quand la plupart des équipages ne se connaissent pas encore à l’arrivée pour la plupart. C’est donc un honneur de porter haut les couleurs à la fois de nos pays et de notre école !
Victoria : De plus, nous avons eu la chance de participer à une étude proposée par la NASA et l’université du Michigan qui étudient les facteurs humains et les différents équipages, et nous étions sûrement le premier équipage composé essentiellement d’étudiants à y participer : ça a été un grand honneur pour nous !

Zia : Est-ce que vous avez une petite culture du neuvième art ? De la bande dessinée scientifique ? De la BD d'anticipation ou de science-fiction ? 
Louis : Pour ma part j’en lis depuis très jeune, sûrement un peu moins depuis le début de mes études supérieures, qui m’ont pour le moins occupé. J’ai avant tout lu beaucoup de classiques et de BDs pour ados. Pour n’en citer qu’une dans le domaine, je dirais l’uchronie "Les Russes sur la Lune", qui donne une vision bien renversée de la conquête spatiale, dans un décor qui ressemble au nôtre.
Victoria : Pour être honnête je n’en ai pas lu depuis des années ! Même si le concept m’a toujours plu, j’ai toujours préféré me plonger dans un roman.

Zia : Vous savez qu'en acceptant d'être nos partenaires vous avez la responsabilité de trouver une contrainte inédite pour nos participants. Je vais vous poser la traditionnelle question : Y avez-vous déjà réfléchi ? Est-ce que vous pensez donner une contrainte technique propre à la bande dessinée ou une contrainte farfelue ?
Victoria : Peut être pourrions nous proposer de faire une scène basée sur une de nos expériences.
Nous pensions proposer...
Zia : Chuuuuuuuuut ! Dites-moi ça à l'oreille, je vais noter.
(Victoria chuchote)
Zia : C'est une excellente contrainte. De plus, elle peut être appliquée à n'importe quel univers, pas forcément une histoire martienne. Je pense que ça devrait plaire à nos petits lapins. Il faudra la publier samedi prochain à 13:00 pile sur votre page Facebook et sur Twitter.
Louis : Bien reçu.

Zia : Est-ce que vous allez suivre le marathon 23HBD en direct ?
Louis : Ecoutez, avez plaisir ! Je n’ai rien de bien contraignant de prévu pour le week-end, et assez impatient de lire ce que l’on va bien pouvoir écrire et dessiner en tenant compte de la contrainte donnée !
Victoria : Malheureusement pour moi , cela va être compliqué. J’ai commencé mon stage cette semaine en Allemagne à l’ESA (EAC à Cologne) et je dois avouer que j’ai une tonne de travail qui m’attend ce week-end !

Zia : Mais repartons sur votre terrain. Merryl vient d'intégrer l'équipage des 23HBD, plus particulièrement la Bunny Squad. Elle a suivi votre mission avec enthousiasme et elle a quelques questions (non beaucoup) à vous poser. :)
Merryl : En quoi le désert de l'Utah s'approche de l'environnement martien ?
Louis : Si l’on oublie le ciel bleu, et les quelques herbes qui y survivent, c’est très ressemblant. Les reliefs sont découpés, les strates apparentes, et le sol ocre. Un peu à l’image de ce que nous envoie régulièrement notre ami Curiosity depuis la (vraie) planète rouge. Ah et encore une chose : la pesanteur martienne est d’environ 30% de celle présente sur Terre, mais rien à faire pour la simuler non plus, mis à part les piscines des agences spatiales.

Merryl : Dans vos rapports, vous aviez régulièrement des problèmes de buée dans vos casques. Pourtant l'hygrométrie Martienne est différente de celle rencontrée sur Terre. Est-ce que cela biaisait vos données/expériences ?
Louis : Alors, il n’y a pas d’eau dans l’atmosphère martienne, par contre, on respire de l’air qui ressemble autant que possible à de l’air terrestre pour éviter d’y laisser sa peau, et en ressortant de nos poumons, l’air se charge en plus de notre propre humidité, donc il peut y en avoir aussi sur Mars. Après, lors de la mission, les casques n’étaient pas étanches, et l’hygrométrie extérieure influait donc (par temps couvert par exemple, le problème était récurrent). Mais pas d’inquiétude, sur Mars, les concepteurs des scaphandres auront anticipé le problème et mis les moyens nécessaires pour y pallier.



Merryl : Lors de vos EVA, portiez-vous la même panoplie que celle qu'un astronaute porterait sur Mars ? Si oui, cela posait-il des contraintes par rapport à Mars ? Si non, pour quelle raison n'avez-vous pas testé le matériel complet ?
Louis : Alors, sans vouloir vous décevoir, nous n’avions pas le budget de la NASA, et acquérir un véritable scaphandre d’astronaute serait complètement inimaginable. Ce que nous essayons de reproduire avant tout sont les contraintes auxquelles sont soumis des astronautes en sortie, pour pouvoir tenter d’y adapter nos expériences, développer des protocoles adaptés. Ainsi, à défaut de l’habit intégral de très haute technologie, nous avions la totalité du corps couvert, un sac à dos, et un casque avec une ventilation.
Victoria : Pour préciser un peu les choses, nous avions notre combinaison (la bleue avec nos patchs sur les photos de la mission). Nos avions nos chaussures de randonnées, des guêtres pour empêcher l’air de passer au niveau des chevilles, des gants de ski (très encombrants comme ceux des astronautes, afin de s’adapter aux contraintes réelles de ces sorties extravéhiculaires), le casque et le backpack avec le système de ventilation. Ce dernier système représentait environ une masse de dix kilos.


Merryl : Quelle a été la plus grosse difficulté rencontrée pendant votre séjour ?
Louis : Je dirais la gestion de notre planning : au début nous étions surexcités, voulant en faire trop, nous surchargeant de tâches diverses, alors au bout de dix jours nous étions à bout, fatigués et démotivés, avant de repartir pour la dernière semaine.
Victoria : Je suis tout à fait d’accord avec Louis, nous avons sûrement mal géré notre motivation et notre force physique dès le début de la mission. Une certaine fatigue s’est clairement fait sentir en milieu de mission avant de repartir très motivés et excités pour la dernière semaine.

Merryl : Est-ce que ce sera le plus gros défi sur une réelle mission sur Mars ? Sinon, lequel serait-ce selon vous ? L'avez-vous testé ?
Louis : Selon moi, le plus dur, et sûrement le plus imprévu encore aujourd’hui est la dimension psychologique : un voyage pour Mars mettra au mieux huit mois aller, pour ensuite rester une année là-bas, avant un retour potentiel. Les astronautes, bien que surentraînés et robustes, restent des humains, et qui sait ce que le stress de risquer leur vie, à des milliers de kilomètres de leurs proches peut leur faire faire ? De bons scénarios de BD en prévision je suppose.
Victoria : Je ne pense pas que ceci serait le plus gros défi, car aujourd’hui les astronautes ont un planning organisé par les agences spatiales (ESA, NASA…) qui leur permettent de ne pas perdre leurs objectifs de vue mais qui leur permettent de continuer à avoir une vie personnelle (skype, repos, moments de détente). Les astronautes doivent garder leur endurance pour de longues missions et les personnes qui travaillent sur le planning le savent et le prennent en compte. Je pense que pour une mission sur Mars, le plus difficile serait le voyage (la durée forcément, le confinement intense, l’absence de sortie extravéhiculaire, l’enfermement total).

Merryl : Nous avons vu qu'au sixième jour de votre mission, l'un de vos membres a temporairement perdu la vue (une sombre histoire de bandeau qui a glissé juste devant ses yeux). Êtes vous formés à réagir face à des situations plus graves, de santé, lorsque vous êtes en EVA ? Je pense aussi au jour 8, ou Arthur à partagé son air avec Xavier pour l'empêcher de "suffoquer". Ça aurait marché sur Mars ?
Louis : Nous avons beaucoup réfléchi à ces problématiques, particulièrement Simon et Xavier, qui sont respectivement secouriste et plongeur. Ils ont écrit un papier sur la gestion des situations d’urgence en sortie extravéhiculaire, et comment gérer par exemple une urgence médicale, la perte d’un sens, etc. Nous avons également fait une séance de secourisme en situation.

Merryl : Psychologiquement, vous étiez sur Mars. En plus des expériences scientifiques, ce genre d'expérience doit avoir un impact humain. Comment vous l'avez vécu ?
Louis : Très bien. Ce n’était que trois semaines, sans risquer sa vie, sachant que la fin n’était jamais bien loin, et qu’en cas d’urgence, il "suffisait" de rompre la simulation. Rien de comparable avec ce à quoi sont confrontés les astronautes, qui s’entraînent alors des années pour.

Merryl : Comment cela peut impacter une mission martienne ?
Louis : Surtout négativement je suppose. Le facteur humain est le seul à être aussi dur à anticiper, et vu le peu de données que nous avons sur le sujet, la première mission martienne habitée risque de nous révéler des surprises…

Merryl : Les communications étaient intentionnellement très limitées avec la "Terre". En quoi cette mise en situation est importante pour la future mission sur Mars ?
Louis : Sur Mars, il y a du délai (entre huit et vingt minutes aller), et il est donc impossible de rester branché en permanence ou de dialoguer. C’est pourquoi nous utilisions des emails uniquement, pour rompre avec l’instantanéité des communications. Nous ne communiquions avec "la Terre" que pendant la fenêtre de communication établie, de 19h à 21h. C’était alors le moment pour nous d’envoyer nos rapports et demandes d’EVA, de solutionner nos problèmes, et pour nos interlocuteurs de récupérer toutes nos données.

Merryl : La gestion des denrées, et surtout de l'eau, était un point capital du séjour. Avez-vous testé des méthodes de récupération d'eau/d'humidité ? Si non, pourquoi ?
Louis : Sur une véritable station extra-planétaire, à l’instar de l’ISS, l’eau devra tourner en circuit quasi-fermé. Mais un tel système est très coûteux, complexe à déployer, et surtout, la moindre défaillance met immédiatement en danger la santé des membres de l’équipage. Cela semble donc un peu trop de contraintes pour une expérience de simulation gérée rappelons-le par une ONG américaine.
Victoria : A part le Vegidair (potager autonome que nous avons emmené là-bas) qui utilise huit litres d’eau pour deux mois environ (grâce à un système de pompe à l’intérieur de la cuve), et un seau que nous mettions sous le jet de la douche lors des rares douches que nous avons pris, nous n’avions pas de système de récupération d’eau. Mais cette question est bien sûr primordiale. Il faudrait travailler sur une boucle fermée pour le système d’eau bien sûr.

Merryl : Vous avez rapidement constaté que le plus gros de votre consommation en eau partait dans les chasses d'eau. Avez vous envisagé les toilettes sèches ? Si oui, est-ce que ça marcherait sur Mars ?
Louis : Comme précédemment, cela permettrait probablement de réduire drastiquement notre consommation, mais des toilettes sèches nécessiteraient un entretien régulier, que nous ne pouvons pas mener, au risque de briser la simulation. Nous devrions donc être dérangés, sans compter les coûts que cela incombe.
Victoria : Pour tout vous avouer j’ai été très surprise de découvrir des toilettes "normales" à l’arrivée dans la station. Je n’avais pas pensé à autre chose que des toilettes sèches et je m’y étais préparée "mentalement" pour vivre trois semaines comme cela. Je pense qu’au début, pour une première base martienne, la solution de toilettes sèches serait plus la plus sensée en effet.

Merryl : Et pour finir, j'ai vu que vous aviez un potager sur votre station, mais aviez-vous "les pouces verts" ? Cela permet-il d'envisager une culture de carottes martiennes un de ces jours ?
Louis : Les carottes c’est plus dur, parce que ça ne pousse pas hors-sol, et la terre martienne contient plein de composants peu amicaux pour les végétaux, on ne sait donc pas vraiment si il est possible de faire pousser des végétaux dedans, mais en tout cas, sans traitement, a priori, non. Ensuite, ramener sa propre terre paraît assez complexe. C’est pourquoi les cultures hors-sols comme la nôtre dans le potager autonome paraissent plus réalistes.


Zia : J'ai une dernière question. Est-ce que vous avez des recommandations d'orientation pour nos lapins et lapines qui voudraient optimiser leurs chances de partir un jour sur Mars ou au moins de participer à une expérience telle que celle que vous venez de vivre ?
Louis : Il n’y a pas vraiment de profil type pour être astronaute, mais la sélection est très rude. Il faut quand même faire des études scientifiques, maîtriser au moins l’anglais et le russe, avoir une condition physique irréprochable, un goût pour les sport extrêmes (plongée, parachute, voltige), et ensuite être un peu chanceux, car la sélection n’a lieu en France qu’environ tous les dix ans et réunit des milliers de candidats. Pour partir en mission de simulation, c’est beaucoup plus simple : les études scientifiques et l’anglais, couplés à une bonne détermination doivent suffire.

Merryl et Zia : Merci :)
Louis : Merci à vous, et bon courage pour l’organisation de tout l’événement !
Victoria : Merci à vous, ça fait plaisir de voir que vous nous avez suivi tout au long de notre aventure !





Pour en savoir plus sur les partenaires de ce dixième marathon,
veuillez suivre ces liens :

Leur blog : https://mars.bde-supaero.fr/
Les photos de l'article viennent de leur album photo (crédit Équipage ISAE-Supaero MDRS) :
https://mars.bde-supaero.fr/phototeque/

Le lien vers le replay de l'émission "la Tête au Carré" : https://www.franceinter.fr/emissions/la-tete-au-carre/la-tete-au-carre-10-mars-2017 

Leur page Facebook : https://www.facebook.com/mdrssupaero/

Leur Twitter : https://twitter.com/MDRSSupaeroCrew

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